Le groupe CHÂTEAU

Le groupe accueille 13 jeunes de 6 à 13 ans, garçons et filles.

Il s'agit de jeunes en difficulté sociale et familiale, pour lesquels la prise en charge en institution est la seule solution envisageable au moment de la demande de placement.

  • soit le jeune a déjà connu des ruptures de placement en famille d'accueil
  • soit la famille naturelle n'adhère pas à un autre type de soutien éducatif (la famille d'accueil serait vécue comme famille concurrente, et le jeune ne pourrait s'investir librement dans cette rivalité)

Les enfants reçus dans ce groupe sont tous en souffrance dans leur milieu familial, et manifestent souvent divers symptômes :

  • retard et inadaptation scolaire
  • perturbation dans le champ corporel (retard de croissance, expressions anorexiques ou boulimiques, somatisations, etc...)
  • perturbation dans le champ relationnel (troubles du caractère, intolérance à la frustration, etc...)

Ce sont des jeunes en quête des règles sociales et de la Loi. Les familles connaissent souvent une instabilité qui entraîne quelquefois un positionnement des interdits et des limites défaillant. Il en découle le besoin pour certains enfants de se confronter au cadre posé par l'adulte pour sentir une certaine sécurité.
Tous les enfants sont scolarisés à l'extérieur de l'établissement, en scolarité "ordinaire", sans handicap intellectuel ou physique.

a°) La prise en charge au quotidien

Elle est indissociable de la vie en internat. Elle permet à l’enfant d’acquérir un rythme de vie indispensable à sa santé et à son âge (heure de lever, repas, coucher…). Elle est rythmée par la vie scolaire. Jusqu’à leur arrivée sur le groupe, la plupart des enfants ne connaissaient pas une telle régularité.

Souvent, il nous faut reprendre avec les jeunes les bases même de toute éducation (apprentissage de la toilette, éducation alimentaire : goûter à tout, rester à table durant le repas…). Ce sont des moments parfois difficiles. Les enfants sont souvent instables, ils ont peu de capacités à supporter la frustration, ils ont du mal à se respecter et à respecter les autres.

Les règles de vie du groupe ne sont pas écrites : elles doivent être comprises comme naturelles. Ce sont des règles de vie que devraient connaître tous les enfants au sein d’une famille et non un fonctionnement artificiel mis en place par la Maison de l'enfance.

Tous les moments que nous partageons avec l’enfant, tout au long de la journée et dans les différentes activités (lever, repas, travail scolaire, soirée, sortie…) sont des moyens de faire connaître « ces règles ». Elles vont lui permettre d’accéder au respect de soi ( et par conséquent au respect de l’autre) avec tout ce que cela entraîne dans un comportement individuel et social.

b°) La fonction relationnelle :

Elle est la base mais aussi la finalité de notre mission éducative, pour que toute action éducative ait un sens et une utilité propres. C’est elle qui fait la spécificité de notre travail auprès de ces jeunes mais aussi la cohérence de notre travail d’équipe.

La souffrance des jeunes ne fait aucun doute. Elle suscite souvent une volonté de rattraper le temps perdu mêlé à un sentiment d’impuissance à le faire. Il faut cependant accepter qu’il existera toujours un décalage entre les attentes des enfants et les apports des éducateurs (cf Michel LEMAY,  J’ai mal à ma mère, Ed. Fleurus).

Notre rôle est avant tout d’apporter une régularité et une constance dans nos apports. En effet, tous les enfants ont subi des carences affectives (absence de frontières trans-générationnelles, délaissement, absence des parents…) et ont du mal à établir des relations « saines » avec les autres (adultes et enfants). Il nous paraît ainsi fondamental d’assurer une stabilité de présence. Le fait d’avoir un emploi du temps fixe tout au long de l’année est pour nous un moyen de donner des repères aux enfants.

Le meilleur outil en la matière reste la qualité et la valeur humaine de l’éducateur. Les réunions d’analyse de pratique et le travail en équipe sont également des moyens de garantir la cohérence des actions éducatives et de la fonction relationnelle. Nous partageons des moments de vie avec les enfants lors des levers, des repas, des soins, des activités, ce qui permet par la notion du "vivre avec" et du « faire avec » de créer des liens avec les jeunes.

L’écoute des besoins et notre engagement personnel visent à créer une sensation de bien-être et de sécurité pour les jeunes.

Cette fonction relationnelle est toujours fragile car elle dépend à tout moment des frustrations, conflits, demandes… vécus au quotidien.
C’est cette fonction relationnelle avec le jeune qui va permettre à la fonction éducative et d’accompagnement, de se mettre en place

c°) La fonction d’accompagnement :

Elle est indissociable de la relation éducative et est présentée tout au long de la prise en charge sous différents aspects.

La fonction qui nous est confiée est d’accompagner l’enfant tout au long de sa prise en charge. Celle-ci ne se réduit pas à une présence physique, il s’agit d’un accompagnement à la formation d’un être humain.

Nous travaillons sur l’émergence de leurs propres désirs, tout en sachant qu’il faut leur imposer des limites. C’est en vivant avec eux, en partageant chaque moment du quotidien afin de dégager le meilleur d’eux-mêmes, que nous favorisons la création d’une identité et que nous les amenons progressivement vers l’autonomie.

d°) Eduquer pour aider à grandir :

Ces trois aspects de la fonction éducative auprès des enfants du groupe château sont succinctement exposés, cependant, elles montrent un aperçu de l’importance que nous donnons à l’idée de « faire avec » le jeune.

C’est grâce à la relation établie et à travers les moments partagés que nous pouvons l’aider à surmonter ses difficultés, à composer avec sa situation pour grandir. Pour cela, l’apprentissage de certaines conduites fait partie inhérente de toute maturation d’un être humain : répétition de demandes, établissement de liens entre leur acceptation et la gratification ou la réprimande, autant d’actes qui visent la modification des interactions entre la personne et son environnement.

Il nous faut continuellement trouver des réponses individuelles qui correspondent aux difficultés personnelles et familiales de l’enfant. C’est à la prise en charge de s’adapter, non à l’enfant de rentrer dans un système. Nous nous devons de moduler notre intervention en fonction des situations particulières. C’est à ce prix que l’enfant va pouvoir apprendre la relation à l’autre et accéder au respect de la personne.